Jean-Pascal M.

La meilleure façon de ne pas avancer est de suivre une idée fixe (J. Prévert)

Posts Tagged ‘global warning’

Ascendance 2018 – Qu’est ce qui monte, qui monte, qui monte ?

Posted by Jean-Pascal sur 5 juillet 2018

Qu’est ce qui monte, mais reste sur place ? Qui est invisible mais effrayant ? Qu’on recherche jusqu’à un certain point, et qu’on fuit ensuite ?

Le réchauffement planétaire.

J’ai évoqué précédemment plusieurs grandes variables environnementales disponibles permettant de suivre l’évolution de notre écosystème mondial. La température est la plus médiatisée de ces variables, dont l’évolution est qualifiée de préoccupante. Bien que cette évolution soit largement expliquée et fasse consensus, elle reste difficile à percevoir directement.

Je présente ici un travail commencé en 2017, nommé Ascendance, nom des courants d’air chaud appréciés des rapaces ou des parapentistes puisqu’ils permettent de monter sans fatigue. Il s’agit d’une des sculptures élaborées à partir des données les plus brutes possibles : 70 millions de mesures prises sur toutes les surfaces émergées du globe, pour la période 1901-2016. Les quatre dernières années sont particulièrement chaudes. Les données proviennent du National Center for Atmospheric Research.

La chaleur du monde du début du vingtième siècle à nos jours.

Donner à toucher le réchauffement planétaire.

Rendre tangible la menace.

Soupeser notre situation.

5 Ascendances, sculptures 3D en PLA, peintes, hautes d’environ 30 cm.

3 angles de vues d’Ascendance #1, sculpture 3D des températures du globe de 1901 à 2016

Les données brutes ont été intégrées dans un fichier Excel, puis nettoyées et moyennées (via un VB script maison) afin d’obtenir une valeur par mois depuis le janvier 1901 jusqu’à décembre 2016.

J’ai ensuite importé ces données dans Blender / Sverchok et j’ai testé plusieurs représentations spatiales et plusieurs types de rendus. Voici celui qui a eu ma préférence :

Voici une animation qui montre la logique de construction :

J’ai ensuite imprimé le modèle en 3D (CURA + Ultimaker Extended 2), et je l’ai peint avec de la peinture en bombes biodégradable, en essayant de reproduire le gradient de couleur du modèle 3D.

J’aime beaucoup le fait de pouvoir prendre en main ces données, et de pouvoir les passer de main en main. Le « poids des chiffres » est bien là, le réchauffement visible à partir de 1980 alourdissant le haut de la sculpture.

Pourquoi des sculptures, pourquoi une mise en scène ? Le site Des images et des actes défend l’idée que pour marquer les esprits sur le changement climatique, des nouveaux codes visuels devaient être utilisés : l’image de l’ours polaire sur sa banquise fondante ne parle plus, et est trop distante. Une étude de Climate Outreach conforte cette idée. Dans cette étude, de nombreux participants ne voyaient pas par exemple le lien entre une photo d’un homme devant un énorme steak et le réchauffement planétaire. Pas plus que l’image d’une famille en voiture. L’idée du réchauffement planétaire reste, pour beaucoup, abstraite. Je dois avouer que j’ai également ce sentiment quand j’essaie de me représenter l’impact d’un degré d’augmentation moyenne de température.

Toutefois, nous devons garder à l’esprit qu’il faudrait inverser la courbe de CO² d’ici 2020 selon la revue Nature pour atteindre les objectifs de la COP21 et rester sous le seuil des 2° d’augmentation en 2100. Difficile d’être optimiste c’est pourquoi je pense qu’il est important de rechercher des nouveaux moyens de représenter ces enjeux.

Mes autres articles sur le Data Art et le design génératif sont listés sur cette page.

Publicités

Posted in data art, Design, Design Génératif, parametric design | Tagué: , , | 1 Comment »

Data(land)scape – Évolution d’un bord de mer à partir d’un siècle de données

Posted by Jean-Pascal sur 11 juin 2018

L’affiche ci dessus est le résultat d’une évolution lente, douce à l’échelle individuelle, imperceptible et pourtant radicale. Il s’agit du changement de notre environnement sous de poids de la présence humaine et de ses actions. La chronologie est visible sur le timelapse qui suit, décennies par décennies.

Datascape – Timelapse de plus d’un siècle montrant un paysage virtuel de bord de mer évoluant à la manière de notre monde.

Quelle étrange idée, et pourquoi représenter cette évolution de manière défavorable alors qu’on peut lire ici ou là que l’humanité progresse, que l’accès aux soins ou à la connaissance est facilité en général, et qu’internet réunit tous les humains connectés au sein d’une même famille ? Hé bien il ne s’agit pas d’un choix de ma part, puisque le sens de l’évolution – tel qu’il est montré ici – est déterminé par des données ouvertes.

Je suis simplement parti d’une question : Si on représentait l’évolution du monde sur un unique paysage, que verrait-on ? Je pense à un paysage virtuel sur les plages duquel des immeubles pousseraient. Pousseraient d’autant que la population mondiale augmenterait. Et – pourquoi pas – diminuerait si celle-ci venait à se réduire. Et si le ciel se teintait de brume selon la pollution du moment ? Et le niveau de la mer ne monterait-il pas avec la fonte des glaces ou – à nouveau pourquoi pas – ne baisserait-il pas si un refroidissement moyen était mesuré ? Et surtout, pourrait-on rêver de vivre en ce lieu, ou rêver de le quitter, déçu par son évolution ?

Allons-y, jouons sur un bord de mer en utilisant des données mondiales disponibles depuis 1901 jusqu’à aujourd’hui. Les données que j’ai utilisé sont décrites dans l’article précédent : Quelques données appréciables* sur l’Homme dans son milieu. J’ai retenu de travailler sur quelques variables uniquement, dont voici une vue synthétique de leurs évolutions :

Température, population, CO² de l’atmosphère, couverture nuageuse et précipitations annuelles moyennes mondiales de 1901 à 2016. Sources CRU CY4, Our World In Data, the Great Acceleration.

Voici comment ces variables sont traduites pour produire un paysage :

  • La température influe la couleur et la force du soleil, ainsi que la transparence de l’air
  • la population influe la couleur du sol, la diminution du nombre d’arbre et l’augmentation du nombre de parasols (jusqu’à un point limite), augmente le nombre d’immeuble et leur taille
  • Le CO² influe la transparence de l’air, la position du soleil, le nombre d’oiseaux, le niveau de la mer.
  • la couverture nuageuse moyenne influe sur la taille des nuages
  • La violence des précipitations augmente l’inclinaison des arbres

Les choix présentés ci-dessus sont arbitraires mais ils restent simples. Par exemple, l’augmentation du CO² augmentant l’effet de serre et donc la fonte des glaces, il détermine le niveau de la mer. L’élévation du niveau de la mer réduit les surfaces habitables et, pour les immeubles se retrouvant les « pieds dans l’eau », ceux-ci sont abandonnées et prennent la forme de ruines.

J’ai choisi de positionner le soleil également selon le niveau de CO² : pour un niveau de CO² pré-industriel, le soleil se lève. Par contre, pour un niveau impliquant une élévation de 2°, le soleil se couche complètement, symbolisant le crépuscule d’une certaine humanité.

Ces principes étant posés, il reste à regarder le résultat, produit automatiquement. On constate immédiatement une tendance du ciel bleu vers un coucher de soleil, avec une transformation qui accélère fortement sur la deuxième partie du 20ème siècle.

Voici la vue initiale, en 1901 :

Voici une vue de l’année 1981. Le paysage a bien changé. Les congés de masse, la déforestation, la pollution, le réchauffement ou l’élévation du niveau de la mer n’y sont pas étrangers.

Ce résultat illustre ce les chercheurs de l’IGBP appellent la « Grande Accélération ». Je n’ai utilisé que quelques valeurs, mais ces chercheurs ont identifié de nombreuses autres croissances exponentielles telles que celles de la consommation d’énergie, d’eau ou de forêts tropicales, du nombre de  transports ou des voyages de tourisme. Il faut bien avoir à l’esprit une chose toute simple. Toute croissance liée à la consommation d’une ressource limitée atteint un moment sa limite. Cela est encore plus vrai pour une croissance exponentielle, mais la notion d’exponentielle est difficile à percevoir. Pour ma part, j’en ai déduit une règle enfantine :

Croissance Exponentielle = Problèmes à l’Horizon.

J’ai publié de nombreuses images intermédiaires sur le compte twitter @GlobalDatascape.

Voici une image comparant, depuis le même point de vue mais à 115 ans d’écart, cette plage.

Même plage, présentés en symétrie, mais sans bouger la caméra pendant 115 ans !

D’autres posters seront ajoutés sur le site https://datartjp.wordpress.com/

Si certaines années vous intéressent en particulier, contactez moi en message privé, par exemple sur twitter (@jean_digital). Je peux réaliser des affiches personnalisées grand format à la demande.

Quelques références complémentaires :

 

 

Posted in Architecture, écologie, data art, Design, Design Génératif, parametric design | Tagué: , , | 1 Comment »