Jean-Pascal M.

La meilleure façon de ne pas avancer est de suivre une idée fixe (J. Prévert)

Le rôle des analogies dans la compréhension de texte

Posted by Jean-Pascal sur 5 juin 2000

Fin du stage au laboratoire de psychologie cognitive de Nanterre (Paris 10) encadré par Daniel Martins.

Résumé :  

On sait depuis Aristote combien l’usage de l’analogie peut-être extrêmement utile lors de l’acquisition de connaissances nouvelles. L’analogie permet d’importer d’un domaine de connaissance maîtrisé des informations structurées, et d’utiliser cette structure pour tenter la compréhension d’une situation nouvelle. En reconstruisant une situation d’apprentissage d’un modèle d’analogie, cette recherche souhaite mettre en relief les indices de rappel de l’analogie la plus pertinente : dans le cadre théorique des réseaux propositionnels, est-ce que le niveau d’ordre est un indice cognitif de recouvrement de la bonne analogie ?

I – Introduction

C’est en prenant son bain qu’Archimède, au troisième siècle avant Jésus-Christ, découvrit qu’on pouvait mesurer le volume d’un objet aux formes complexes en le trempant dans un liquide. De même, Louis de Broglie observa que les ondes de matière sont aux corpuscules atomiques ce que les ondes de lumière sont aux photons. De ce constat naquit la mécanique ondulatoire. Ces deux exemples illustrent que de nombreuses biographies d’hommes de science soulignent la puissance de l’analogie quand la créativité est nécessaire pour résoudre un problème nouveau. Gick et Holyoak (1980, 1983) montrèrent que l’analogie peut faciliter la résolution problèmes. Et si l’analogie est un outils de la cognition humaine, c’est qu’elle a de nombreuses qualités : elle rend l’intelligence créative, elle permet l’apprentissage par l’exemple, elle est une voie possible de l’intelligence artificielle. Ses propriétés, qui font d’elle un objet privilégié dans l’observation de la nature cognitive des structures conceptuelles, intéressent la psychologie cognitive. Les processus actifs lors d’un apprentissage par le biais de l’analogie sont particulièrement intéressant dans un cadre de réflexion plus large, et les questions relatives à l’analogie s’insèrent utilement dans des réflexions plus générales sur la mémorisation, l’accès et l’utilisation d’informations nouvelles, sur la nature de l’information mémorisée, sur le fonctionnement de la mémoire de travail, sur la forme des informations activées dans cette mémoire de travail, et plus simplement sur le rôle de l’analogie dans l’apprentissage. Dans cette recherche, l’intérêt se porte particulièrement sur la nature cognitive des analogies, et les hypothèses visent à améliorer notre compréhension de l’analogie en tant que structure mnésique. L’analogie est-elle mémorisée sous forme propositionnelle comme le suppose Gentner dans son modèle propositionnel de l’analogie, ou est-ce une compétence modulaire mettant automatiquement en rapport des objets entre eux, qu’ils soient strictement propositionnels ou non ? Pour répondre à cette question, on se propose de vérifier s’il est possible de retrouver en mémoire des analogies qui ont étés présentées sous forme propositionnelle quand on ne peut pas utiliser d’indices propositionnels pour la récupération. En second plan, étant donné que la récupération de situations, de problèmes ou de connaissances analogues semble pouvoir se faire indépendamment de la volonté et sans nécessiter la mise en oeuvre d’heuristique consciente, et puisque l’analogie est une structure relationnelle sui generis, c’est qu’elle doit être mémorisée comme structure. Or dans la littérature l’analogie est définie comme une hiérarchie décomposable en niveaux ordonnés, cet ordonnancement se construisant au fur et à mesure de l’élaboration de la représentation de l’analogie, cet à dire quand le niveau d’expertise augmente. L’effet d’un niveau d’ordre peut-il être observé empiriquement ?

II – Contexte théoriques

C’est Aristote qui jeta les bases modernes d’une théorie de l’analogie dans le premier chapitre des Catégories. L’analogie provient de la fusion des concepts de synonyme, d’homonyme et de paronyme, et le terme d’analogie a à l’origine le sens authentique de proportion mathématique à quatre termes (a/b=c/d). Dans l’acception mathématique, a est à b ce que c est à d, dans un rapport de proportion.

Apports linguistiques

Limitée d’abord à cette définition mathématique, la signification du concept d’analogie a évolué au cours du temps, dans le sens d’un assouplissement vis-àvis des contraintes géométriques et métriques initiales.

« Établir une analogie, c’est donc, en premier lieu, mettre en correspondance des entités qui demeurent distinctes, mais que l’on considère comme étant équivalentes d’un certain point de vue. » (Encyclopédia Universalis)

L’analogie met en relation des objets décomposables en parties. Ces parties sont dites homologues quand ces elle jouent à l’intérieur des objets auxquels elles appartiennent des rôles équivalents. Les parties sont mises en correspondance par leurs dimensions, et elles sont dites homologues quand une loi déterminé les fait correspondre. Cette loi est la syntaxe de l’analogie, car tous les langages de description ou d’interprétation théorique comportent une sémantique et une syntaxe, la première portant sur les «objets» que l’on met en relation, la seconde sur ces relations elles-mêmes. Dans le cas particulier de l’analogie, deux énoncés sont dits analogues quand entre chaque énoncé des objets peuvent être homologues, ces objets constituants l’ensemble des éléments sémantiques de l’analogie, et que ces objets jouent un même rôle dans des deux énoncés, la mise en relation étant la syntaxe de l’analogie.

Le langage courant est problématique car chaque énoncé ne renvoie pas à un seul sens, mais il peut faire référence à différents objets. En général, les mots portent une charge sémantique beaucoup plus grande que celle qui se manifeste quand ils sont contenus dans un énoncé quelconque. Le mot atteint sa signification précise grâce à l’interaction entre lui, le contexte et la syntaxe. Le mot n’a pas la relation biunivoque qu’on retrouve dans le langage mathématique. Le sens final d’un mot est notamment déterminé par le contexte propositionnel.

De la même manière, l’analogie quand elle est construite à partir de deux énoncés, porte une charge sémantique importante, qui se réduit avec le nombre d’énoncés analogues. Ce sont les invariants sémantiques des différents énoncés qui permettent de construire l’analogie, ces invariants constituants la syntaxe de l’analogie : l’analogie est une structure d’un niveau supérieur par rapport à l’énoncé. Pour que le système signifié (le système analogique) soit extrait de la mise en correspondance entre les deux systèmes signifiants que sont les deux énoncés, il faut que les caractéristiques sémantiques et syntaxiques introduites dans le système signifiant soient suffisantes. Il faut voir que l’analogie pourra apparaître forte ou faible selon que les correspondances établies porteront sur un nombre plus ou moins grand de caractéristiques ou de propriétés des deux systèmes. On peut, pour illustrer ce point, considérer deux cas extrêmes correspondant à ce que l’on pourrait appeler l’analogie purement sémantique , d’une part, et l’analogie structurale (c’est-à-dire syntaxique ) complète , ou isomorphie , d’autre part. On doit distinguer d’un côté, l’analogie sémantique qui n’est élaborée que grâce à la ressemblance entre des éléments de surface, de l’analogie structurale qui est élaborée grâce à la conservation des relations entre les objets. Cette conservation de la relation inter-objets nécessite pour être constaté l’utilisation par le lecteur de ses connaissances du monde, cette relation n’étant pas donné dans les énoncés mais seulement par le fait que ces énoncés soient liés par la relation particulière qu’est la relation d’analogie structurale.

 

à continuer

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